Orques et libre arbitre en Arda (deuxième partie)

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{Bien évidemment, je vous invite à lire cet article davantage comme une réflexion globale sur ce sujet complexe plutôt que comme une démonstration reposant sur un quelconque avis définitif}

Cet article fait suite à celui-ci, qui traite du libre arbitre des Elfes en Arda, et vient le compléter en tentant de répondre à la question suivante :

Peut-on dire que les Orques sont « les éternels esclaves des Ténèbres » ?

Pour approfondir la réflexion, la personne ayant posé la question poursuivit ainsi :

Les Gobelins, Trolls et autres sont tout simplement incapables d’empathie, n’est-ce pas ? Vu qu’ils n’ont aucune notion du bien et du mal, ils commettent n’importe quelle atrocité sans se poser de question. […] Là où un humain/Nain/Elfe pourrait hésiter, éprouver des remords ou se poser des questions existentielles, l’Orque ira toujours droit au but sans se soucier des conséquences de ses actes… ?

Pour bien aborder ces thématiques, il nous faut revenir aux origines des Orques, afin de saisir au mieux leur nature. Or, JRR Tolkien a changé d‘avis à plusieurs reprises sur ce sujet, sans jamais, semble-t-il, parvenir à apporter une conclusion définitive et satisfaisante. Je vous propose toutefois un petit tour d’horizon des différentes pistes émises par l’auteur, avant de regarder de plus près ces notions de bien, de mal et de libre arbitre.

  • Créatures de Melkor nées de la pierre

C’est ainsi que sont envisagés les Orques dans les premiers récits rédigés par le jeune JRRT. Nous sommes à l’époque du Livre des Contes Perdus, et on parle alors des « agents de Melko, les Úvanimor, qu’il éleva de la terre », formule qui désigne des « monstres, des géants et des Orques ». Ces origines sont toujours les mêmes lorsque JRRT travaille sur la Quenta et les premiers textes qui formeront Le Silmarillion, puisqu’il parle alors des « hordes d’Orques », que Melkor « bâtit dans la pierre, sauf leur cœur, pétri de haine ». Et très tôt, les Orques sont présentés comme des « parodies grotesques des créatures d’Ilúvatar », une notion qui ne disparaîtra jamais.

Dans La Route Perdu…, notamment dans la Quenta Silmarillion, nous trouvons une description plus précise des Orques :

Et il donna existence à la race des Orques, et ils grandirent et se multiplièrent dans les entrailles de la terre. Ces Orques, Morgoth les fit par jalousie et par moquerie des Elfes, et ils étaient faits de pierre, mais leur cœur était pétri de haine.

Nous avons donc là une espèce créée par Melkor lui-même, de toutes pièces, à partir de pierre et de haine. Cette version va perdurer un certain temps, pour finalement s’effacer, ou plutôt évoluer, puisque la conception globale d’Arda et des créatures qui peuplent ce monde va se développer.

  • Créatures corrompues et pouvoirs subcréatifs

Ainsi, dans Le Silmarillion tel qu’il fut édité par Christopher Tolkien, il est expliqué que les Orques sont, à l’origine, des Elfes capturés par Melkor, puis torturés jusqu’à la corruption. C’est ainsi que ces individus seraient devenus des Orques, contrefaçons viciées des Enfants de Eru (Eruhíni, Elfes et humains), ce que Eru Ilúvatar tiendrait pour le plus grand crime du Vala noir. Ce revirement vient d’une idée simple mais essentielle : les forces du mal ne sont pas des entités créatrices, ce que JRR Tolkien explique dans la lettre 144 (datant de 1954) :

Mais puisque ce sont tout d’abord des serviteurs de la Puissance Sombre, puis de Sauron, aucun d’eux ne pouvant, ou ne voulant, produire des créatures vivantes, ils sont forcement des « corruptions ».

Cette déclaration peut être complétée avec ce que l’on trouve dans la lettre 153 (brouillon) :

Sylvebarbe ne dit pas que le Seigneur Ténébreux a « créé » les Trolls et les Orques. Mais qu’il les a « fabriqués » comme des contrefaçons de certaines créatures qui existaient déjà. Il y a, pour moi, un gouffre entre ces deux assertions, si large que celle de Sylvebarbe aurait pu (dans mon univers) potentiellement être exacte. Ce n’est pas vrai, en fait, des Orques, qui sont par essence un peuple de créatures « rationnellement incarnées », quoique corrompues de manière horrible – pas plus, cependant, que beaucoup d’hommes que l’on rencontre de nos jours.

[…]

Ses souffrances et ses expériences (et l’Anneau lui-même, peut-être) ont rendu Frodo plus clairvoyant ; et vous trouverez dans le ch.1 du Livre VI ces mots à Sam : « L’Ombre qui les a produits peut seulement imiter, elle ne peut fabriquer de choses vraiment nouvelles, qui lui soient propres. Je ne crois pas qu’elle ait donné naissance aux Orques ; elle n’a fait que les abîmer et les dénaturer. »  Les légendes des Jours Anciens suggèrent que le Diabolus a subjugué et corrompu des premiers Elfes, avant qu’ils aient entendu parler des « dieux », sans parler de Dieu.

Dans l’impossibilité de créer, Melkor ne peut que convoiter les choses et les individus, les créations d’autrui, et se les approprier à travers la corruption et le marrissement, comme il l’a fait avec Arda même et la matière qui la compose. Il est du coté de la destruction, et non de la créativité, qui reste l’apanage des Valar (n’ayant pas chuté) et des Eruhíni, ceux-là même qui forment les Peuples Libres, dont les Orques ne font pas (ou plus) partie ; car ils ne sont pas (ou plus) à proprement parlé des Enfants de Eru, ce sont davantage ceux de Melkor, même s’ils ne sont pas issus de lui. D’ailleurs, il faut noter ici que les Elfes ne sont pas les seules créatures qu’il aurait corrompu pour en faire des Orques, puisque certains textes parlent aussi d’humains ayant subi le même sort.

Bien que subcréateurs, les Valar ne sont pas à l’origine de la vie, qui ne peut venir que du créateur suprême, le Tout-Puissant, Eru Ilúvatar. En effet, JRRT explique que Eru a pourvu les Valar de pouvoirs subcréatifs dans le but de garantir « que ce qu’ils ont conçu et fabriqué devrait mériter de recevoir la réalité de la Création. », mais il y a néanmoins des règles et des limites à ces pouvoirs démiurgiques. Il suffit de faire le parallèle avec le Vala Aulë, qui « créa » les Nains ; après avoir façonné les Pères des Nains, Aulë est déçu de les voir agir uniquement comme des pantins à ses ordres, des pantins sans libre arbitre justement, et qui, si leur maitre détourne son attention, restent parfaitement inertes. Il faut l’intervention active de Eru pour que ces créatures se mettent à agir par elle-même, car Eru seul fait jaillir de vie.

L’Unique blâma Aulë, disant qu’il avait tenté d’usurper le pouvoir du Créateur ; mais qu’il ne pouvait pas donner une vie autonome à ce qu’il avait fabriqué. Il n’avait qu’une seule vie, la sienne, qui provenait de l’Unique, et pouvait tout au plus la distribuer. « Vois ! dit l’Unique, ces créatures tiennes n’ont que ta volonté et ton mouvement. Bien que tu aies conçu une langue pour eux, ils ne peuvent que te rapporter tes propres pensées. Cela est me caricaturer. »

Lettre 212 (1958)

La Flamme Immortelle, source de vie et de création, est en Eru, et c’est ce dernier qui conçoit les fëar (les âmes, plus ou moins) et les envoie sur Arda pour habiter les corps des vivants. Dans l’une des notes de l’Athrabeth, JRRT explique que la Flamme Immortelle est un terme qui « semble désigner l’activité créatrice de Eru (qui est, en un sens, distincte de Lui ou en Lui), grâce à laquelle les choses peuvent devenir des « réalités » avec une existence indépendante (bien que dérivées et créées par lui). » Et de compléter un peu plus loin :

Comme le cas de Aulë et les Nains le montre, seul Eru peut produire des créatures dotées d’esprits indépendants et de raison.

En outre, bien qu’ils aient été conçus et façonnés par Aulë, c’est seulement grâce à la vie que Eru place en eux que les Nains peuvent finalement évoluer dans le monde comme des individus à part entière. Eru est seul à détenir le pouvoir de donner une réalité aux créations des Valar, à leur permettre d’exister dans le monde.

Or si Melkor avait façonné les Orques comme Aulë l’a fait avec les Nains, il semble peu probable que Eru serait intervenu en Arda pour leur insuffler la vie, surtout s’il considère les Orques comme le plus grand crime de Melkor, et ce dernier se serait retrouvé avec une armée de marionnettes. Pratique pour avoir des esclaves à sa botte, mais impossible à gérer dès lors qu’il faut garder constamment son attention sur chacune des créatures ainsi créées ; comme JRRT l’a lui-même écrit, cette pratique aurait demandé « une grande dépense de volonté ». De plus, si tel avait été le cas, les créatures de Melkor « n’aurait montré aucune reluctance à exécuter n’importe quel ordre, y compris celui de s’autodétruire. Mais tel n’était pas le cas des Orques ». Du moins, pour un temps…

Car bien évidemment, les choses sont plus compliquées que cela, et la question de la nature même des Orques et de leur niveau d’indépendance n’a jamais cessé de tourmenter notre auteur. Il y est revenu bien souvent, au point de se remettre constamment en question ; corrompre des Elfes par la torture au point d’en faire des Orques, ça fonctionne, mais cela pose tout de même un certain nombre de problèmes. Par exemple, comment expliquer que cet état de corruption ait été transmis d’une génération à une autre, jusqu’à l’avènement d’une espèce entière et relativement indépendante ?

Il est impossible d’imaginer la perversion complète de tout un peuple, ou un groupe de personnes, et sa capacité à rendre cet état héréditaire.

Aussi, l’idée d’une troisième origine des Orques a jailli : la possibilité que les grands Orques du Premier Âge étaient des Maiar, donc des êtres de nature divine, rebelles envers Eru et conscients d’aller contre Sa volonté en suivant Melkor, par choix, à l’instar des Balrogs. À force de se reproduire à la manière des Enfants de Eru, ces Orques-Maiar seraient devenus de plus en plus liés à la terre, incapables de retourner à l’état d’Ëalar (purs esprits), à moins de voir leur fana (enveloppe corporelle) anéantie. Cette solution permet d’expliquer l’existence de créatures indépendantes mais entièrement dévouées à leur maître. Reste la question de la transmission, et même de la procréation, puisque cela n’explique pas comment Eru peut permettre à de telles créatures d’avoir une descendance aussi malsaine et rebelle (nous y reviendrons plus loin). Et si on peut imaginer que cette idée d’Orques-Maiar a fini par s’inscrire dans le système, elle n’a pas pour autant remplacé les autres pistes.

Il y aurait donc différentes origines possibles (toutes compatibles), et l’on peut alors partir du principe qu’il existait plusieurs « catégories » d’Orques : d’origine ainurique, elfique ou humaine. Dans tous les cas, ils s’agit bien d’individus, célestes ou non, qui avaient été créés indépendants et libres, par Eru.

  • La langue, reflet de la soumission ?

Lors de ses différentes tentatives pour expliquer la nature des Orques, JRRT est allé jusqu’à les décrire comme « des bêtes d’apparence humanoïde », dont l’indépendance ne dépasserait pas celle d’un chien envers son maitre, mais ils seraient toujours issus de la corruption de créatures préexistantes. Quant à leur langage, il le décrit comme un ensemble de paroles que Melkor leur aurait inculquées et qu’ils répèteraient, un peu comme des perroquets.

On constate qu’au cœur de cet argument se trouve la langue ; elle n’est plus libre, ce sont des paroles dictées et reproduites plus ou moins à l’identique, sans invention ni élaboration de la part des locuteurs, ce qui devient signe de dépendance et d’une soumission totale à leur maître. Privée de libre arbitre, la créature adopte un langage robotique, tandis que les Peuples Libres manient les langues à leur guise, les font évoluer, inventent des mots et les font passer d’un idiome à l’autre. La privation de liberté équivaut à un appauvrissement de la parole, comme un obstacle à la force créatrice du langage (à partir duquel on raconte et transmet des histoires), force créatrice qui est au cœur d’Arda et qui caractérise aussi bien les Enfants de Eru que les Ainur. « Je crois qu’on peut assumer que parler n’implique pas forcément la possession d’une « âme rationnelle », ou fëa » explique JRRT, car l’usage de la parole par les Orques ne prouve pas qu’ils possèdent une fëa, les fëar (notamment celle des Elfes) étant décrites comme « avant tout conçue dans le but de faire des choses en collaboration avec la hröa » (le corps) ; la fëa est donc bien une énergie essentiellement créatrice. L’absence de fëa n’impliquerait donc pas l’absence de langage, mais une créature sans fëa est néanmoins une créature dont le langage est dépourvu d’inventivité, un langage d’automate, « préprogrammé » pour ainsi dire, par celui qui l’a conçu.

  • Le choix du Mal

Malgré tout, cette histoire de bêtes anthropomorphes semble n’avoir pas satisfaisait JRRT, et c’est sans doute parce que les contes et histoires montrent bien que « les Orques continuaient à vivre et à se reproduire, à ravager et à piller après la défaite de Morgoth » à la fin du Premier Âge, prouvant ainsi que ces créatures n’étaient pas complètement dépendantes de leur maître. Aussi, on trouve dans un autre essai une version de l’origine des orques qui mêle les hypothèses vues précédemment :

La plupart d’entre eux était pleinement (et biologiquement) des Elfes corrompus (et plus tard probablement des humains). Mais il y avait toujours parmi eux (au sein des serviteurs et espions spéciaux de Melkor, mais aussi parmi ses capitaines) un certain nombre d’esprits mineurs corrompus qui prenaient une apparence physique identique.

Même si, nous l’avons, ces hypothèses soulèvent quelques problèmes, elles demeurent toutefois les plus cohérentes, et en un sens, mettent en avant deux formes de corruption: l’une consentie par les Ainur ayant prêté allégeance à Melkor, et l’autre imposée aux Eruhíni par la torture et la violence. Qui plus est, Tolkien a admis que certains humains pouvaient eux aussi « consentir » à cette corruption et être réduits à un niveau d’Orque, jusqu’à adopter leurs coutumes.

Toute créature le prenant pour seigneur (…) était rapidement corrompue de toutes parts, car la fëa entrainaît avec elle la hröa dans sa chute vers le morghotisme : la haine et la destruction.

C’est d’ailleurs ce phénomène qui expliquerait en partie la possibilité d’accouplement entre Orques et humains au Troisième Âge…

Ce ne sont donc plus de simples pantins, mais des êtres dotés d’un libre arbitre, puisque Tolkien lui-même parle de « corruption d’esprits indépendants […] capables d’agir par eux-mêmes, de commettre des actes maléfiques pour leur propre plaisir : et si Morgoth ou ses agents étaient loin, ils pouvaient négliger leurs ordres ».

  • Orques rebelles et déserteurs

Un élément essentiel mérite d’être rappelé : les Orques détestent leur maître autant qu’ils le craignent, et c’est cette peur fondamentale qui les amène à obéir aux ordres, quand ils s’y sentent contraints. Mais « la trahison et les émeutes existent même chez les Orques », explique Tolkien, ce qui paraît comme un autre signe d’une forme de libre arbitre. Et de tels actes de désobéissance ne semblent pas si rares…

Dans Les Deux Tours (chapitre III), Pippin assiste à des confrontations entre les Orques qui ne sont pas d’accord sur la marche à suivre. Or, des marionnettes sans libre arbitre seraient d’un même avis, celui de leur maitre… Vous me direz que dans ce chapitre, nous avons deux maitres, Sauron (dont les Orques semblent commandés par Grishnákh) et Saruman (la troupe étant gérée par Uglúk). Or, il y a aussi un troisième clan, les Orques du Nord, dont certains ne monteront aucun remord à déserter (un acte de haute trahison). D’ailleurs, quand les Isengardiens mentionnent leurs ordres, ceux du Nord répondent :

Pas les nôtres [ordres] ! (…) on a fait tout ce chemin depuis les Mines pour tuer, et pour venger les nôtres. Tout ce que je souhaite, c’est tuer et rentrer dans le Nord.

Les différents factions s’affrontent véritablement, défient les ordres donnés, et avant l’attaque des Rohirrims, certains Orques sont décrits comme « d’humeur à la fois abattue et rebelle », tandis que « la plupart d’entre eux restèrent étendus à terre, profitant des plaisantes ténèbres pour se reposer », ce qui n’est pas sans rappeler de véritables soldats revêches et las de leur condition.

En outre, ce sont bien là des êtres indépendants, un groupe d’Orques venus dans le Sud après avoir certes été recrutés, mais leur motivation ne repose pas sur l’obéissance à un maître ; ils cherchent surtout à utiliser cette opportunité (la présence des puissants Uruk-Hai) pour se venger. Ils se fichent bien de Sauron et de Saruman, mais n’en sont pas moins féroces, cruels et dépourvus d’empathie.

  • … ou esclaves absolus ?

Nous sommes bien loin là des perroquets ou des automates dont nous parlions plus haut, mais cette piste non plus n’a jamais totalement quitté l’esprit de JRRT. En effet, il expliqua dans un texte tardif que des Orques réduits à une telle condition auraient existés, d’abord au Premier Âge. A cette époque, certains auraient « perdu presque toute possibilité de résister à la domination qui avait prise sur leur volonté » ; la pression maléfique et l’influence de leur maitre étaient « si fortes avant la chute d’Angband, que s’il [Melkor] tournait ses pensées vers eux, ils devenaient conscients de son « œil », et ce, où qu’ils se trouvent ». Contrairement aux pantins bestiaux rapidement envisagées précédemment, ce sont ici des individus indépendants qui, sous l’effet de longues années de pression, auraient perdu tout possibilité de penser par eux-mêmes.

Lorsque Morgoth fut enfin renvoyé d’Arda, les Orques qui avaient survécus dans l’Ouest furent dispersés, sans chef, abêtis, et pendant longtemps sans aucun contrôle, ni but. La servitude envers une volonté centralisée qui avait réduit les Orques à une vie de fourmi fut encore plus flagrante au Deuxième et Troisième Âges, sous la tyrannie de Sauron.

[…].

Après la chute de Thangorodrim et pendant la période où Sauron se cachait, les Orques, remis de leur impuissance, fondèrent leurs propres petits empires où ils s’habituèrent à l’indépendance.

Après la disparition de leur maître et le choc de se voir ainsi démunis, seuls face au monde, certains de ces Orques périrent, nous dit-on, ou s’ôtèrent carrément la vie, mais d’autres parvinrent néanmoins à retrouver leurs esprits, sans pour autant acquérir une quelconque forme de rédemption, puisqu’ils ne sont pas pour autant devenu sympathiques et emplis d’empathie. D’ailleurs, il est dit que Sauron parvint à rassembler ces tribus indépendantes, qui gardèrent sans doute une forme de liberté (comme les Orques du Nord précédemment cités), « tandis que ses propres troupes entrainées étaient complètement soumises au pouvoir de sa volonté, à tel point que ces Orques se seraient sacrifiés sans hésiter à sa demande. »

Ainsi, les deux positions précédemment mentionnées sont ici presque réconciliées : si les Orques jouissent en effet d’une forme de libre arbitre allant de paire avec leur statut de créatures d’Arda, et qui leur permet de s’émanciper, leurs maîtres (Sauron ou Melkor) sont capables d’exercer sur eux un pouvoir si puissant qu’ils peuvent en perdre toute notion d’indépendance.

Les Orques ayant longtemps vécu sous l’attention directe de sa volonté (telles les garnisons de ses forteresses, ou les membres des troupes entrainées pour des missions précises dans sa stratégie militaire) agissaient comme un troupeau, obéissant instantanément à ses ordres, comme une unique entité, allant jusqu’à se sacrifier à son service.

Mais un tel état de soumission n’est pas inné, c’est un phénomène qui se produit sur le long terme, après des années passées sous l’œil du maître. Autre élément intéressant, ce phénomène pouvait aussi s’appliquer aux humains corrompus.

  • Une certaine forme d’humanité

On peut donc parler de différents niveaux de domination, pour ainsi dire :

  1. les Orques qui étaient constamment sous l’influence et l’attention de leur maître, réduits à une soumission totale, incapables de penser par eux-mêmes (façon lavage de cerveau)
  2. Les Orques auxquels leur maître ne s’intéressait que par intermittence, capables de faire preuve d’indépendance, mais non moins violents et cruels.

Nous avons déjà constaté que les Orques indépendants étaient capables d’ignorer les ordres de Sauron, surtout si celui-ci n’était pas dans les parages. Et JRRT expliqua que la raison pour laquelle les Orques sont si prompts à se rebeller repose sur le fait que leur esprit est avant tout nourri de haine ; en partant du principe que la haine n’est pas mère de coopération, comme l’explique Tolkien, on comprend aisément la raison pour laquelle un Orque peut se montrer rebelle envers les ordres de Sauron sans pour autant remette en question son « irrémédiable allégeance au mal ».

Pour illustrer cela, nous pouvons nous replonger dans un autre passage significatif du Seigneur des Anneaux, qui se trouve dans le dernier chapitre des Deux Tours ; Frodo vient d’être piqué par Arachné/Araigne, et Sam, le croyant mort, met l‘Anneau à son doigt pour écouter la discussion entre deux Orques, Shagrat et Gorbag :

« Si la chance se présente, toi et moi, on pourrait filer en douce pour aller s’établir quelque part à nous, avec une poignée de gars dignes de confiance, quelque part avec du beau butin facile, sans grands patrons. »

« Ah ! dit Shagrat, comme dans le temps. »

Nul besoin d’en dire davantage, car on voit bien que les Orques jouissent d’un esprit indépendant sans que cela diminue leur inclinaison pour la violence et l’appât du gain. Plus intéressant encore, ces deux Orques font preuve de sentiments humains : non seulement ils sont capables de se projeter dans un avenir meilleur (libres, à leurs aises avec leurs compagnons) et de faire étale d’une forme de nostalgie (sans pour autant tomber dans les remords), mais il y a aussi une véritable camaraderie entre eux. Cet échange pourrait d’ailleurs être celui de deux humains ! Or, la violence reprend vite le dessus, chaque Orque ayant ses propres motivations… et Gorbag de traiter Shagrat de rebelle lorsque ce dernier essaie de prendre la chemise de Mithril. Ainsi, dans sa bouche, le terme « rebelle » est autant une insulte qu’elle l’est chez les Elfes ou chez les humains ; la rébellion, bien que courante chez Orques, n’est pas pour autant considérée comme quelque chose dont on peut se vanter !

  • Une morale Orque ?

Y aurait-il donc des formes vertueuses de moralité chez les Orques, malgré leur esprit marqué par la haine ? Il faut croire que oui !

Dans Tolkien and his literary resonance ; views of Middle-earth (cité par Hammond and Scull dans A Reader’s Companion), Tom Shippey affirme que dans le chapitre X des Deux Tours, la discussion entre Gorbag et Shagrat pour savoir s’il est correct ou non d’abandonner un compagnon à son sort (un acte de condamnable qu’ils appellent « un vrai tour d’Elfe ») prouve que « les Orques sont des êtres dotés d’une morale, dont les valeurs morales sous-jacentes sont semblables aux nôtres. Or, si tel est le cas, il semble que les valeurs morales sous-jacentes n’ont pas d’effet direct sur le comportement. Aussi, comment une théorie essentiellement juste sur le bien et le mal peut-elle être corrompue ? Si un individu part d’une base neutre, comment les choses peuvent-elles tourner de manière aussi désastreuse ? » Shippey répond lui-même à cette question en la mettant en relation avec les évènements du XXe siècle, siècle durant lequel « les pires atrocités ont souvent été commises par les personnes les plus civilisées ». Et d’expliquer :

Les Orques reconnaissent l’idée du bien, ils apprécient l’humour, donne de la valeur à la loyauté, à la confiance, à la cohésion de groupe et à l’idéal d’une cause qui les dépasse, et ils condamnent ceux qui échouent à répondre à ces idéaux. Alors s’ils savent ce qui est juste, comment se peut-il qu’ils persistent à faire le mal ? 

Sa réponse est sans appel : ils se comportent comme des humains, « incapables de juger leurs propres actions d’après leurs propres critères moraux ».

Finalement, en termes de moralité, les Orques représentent un aspect de l’humain, l’aspect le plus abject sans nul doute, mais qui reste inhérent à l’humanité, et qui est une conséquence directe du libre arbitre : à partir du moment où un individu a le choix, iel peut faire le choix du pire.

De l’autre côté du spectre, on peut estimer que les Elfes représentent ce qu’il y a de mieux en l’Homme, pas forcément en termes de morale puisque, nous l’avons vu, il peuvent aussi être amenés à commettre des atrocités, mais en termes de créativité, de capacité à produire du beau, ainsi qu’en termes de valeurs. Car même si un Elfe, comme Fëanor, est responsable de massacres, il n’en demeure pas moins exemplaire pour sa bravoure, sa détermination, ses idéaux et sa passion créatrice (sans oublier que les Elfes ne font pas le mal par simple envie de commettre le mal, mais plutôt par erreur de jugement et excès d’hubris).

  • Les Orques, destinés à faire le Mal ?

Il semble évident que même libres, les Orques vont immanquablement être attirés par la destruction, et vont, par plaisir personnel, commettre les pires maux. Dans le premier chapitre de la suite avortée du Seigneur des Anneaux, intitulée A New Shadow, le vieux Borlas et le jeune Saelon (tous deux habitants du Gondor, plusieurs décennies après la chute de Barad-dur) parlent justement des racines du mal et des motivations qui poussent à faire le mal, et c’est en ces termes que Borlas décrit la malveillance des Orques :

Faire obstacle à l’accomplissement d’une belle chose, cela revient à voler au monde. Ceux qui agissent de la sorte se rallient à tous les maux, au mildiou, au chancre et aux mauvais vents. Et c’est ainsi qu’agissaient les Orcs.

[…]

C’est bien là ce que je disais : les racines du Mal sont profondes, le poison qui nous ronge vient de loin, de si loin que beaucoup commettent de tels actes, à l’occasion, si bien qu’ils deviennent semblables aux serviteurs de Melkor. Mais les Orques, eux, agissaient ainsi à longueur de temps ; par pur plaisir, ils faisaient du mal à tout ce qui était capable de souffrir, et leur unique contrainte ne reposait pas sur le discernement ou la pitié, mais sur leur impuissance. 

Évidemment, cela reste la parole et le jugement d’un humain, mais j’ai tendance à croire que la vision que JRRT avait des Orques était proche de celle de ce personnage. En tant que reflet des pires penchants humains, ils incarnent le sadisme, ils sont absence d’empathie, qu’ils soient sous la domination d’un maître ou non. Ils jouissent de leur propre malveillance et se délectent de leurs crimes, non seulement parce qu’ils ne connaissent que ce plaisir-là, mais aussi parce qu’ils sont faits, ou plutôt remodelés à l’image même de la corruption, engendrés dans la violence et nourris par la haine de leurs (anciens) maîtres.

C’est assez contradictoire, je ne le nie pas : des êtres dotés de libre arbitre mais qui sont irrémédiablement attirés par le pire… l’ambivalence est profonde et elle peut s’appliquer à d’autres créatures. Je pense notamment à Arachné/Araigne : dans The Treason of Isengard (HoMe VII), Christopher Tolkien présente un brouillon dans lequel l’araignée, une fois blessée, inspire de la pitié à Sam. Or, ce brouillon a été abandonné et dans la version finale, la créature n’inspire jamais de tels sentiments. C. Tolkien explique alors que son père a finalement décidé de la rendre complètement détestable et maléfique, et qu’il n’existe plus aucun indice dans la version finale permettant de lui offrir une quelconque rédemption, pas même à travers la pitié. JRRT s’est donc bien posé la question avant de décider d’en faire un être irrémédiablement mauvais. Pourtant Arachné/Araigne est complètement indépendante, elle n’a pas de maître et possède un véritable libre arbitre. Le parallèle avec les Orques devient évident.

Alors, si les Orques sont « génétiquement » maléfiques, si le mal est si ancré en eux, où donc placer le curseur du libre arbitre ? Agissent-ils par choix conscients, ou parce qu’ils sont instinctivement, naturellement, poussés dans cette direction, sans avoir vraiment le contrôle sur leur propres actions ? Difficile d’y répondre, mais nous pouvons néanmoins déblayer certaines pistes. 

Tom Shippey a analysé le rapport au Mal tel qu’il apparaît dans Le Seigneur des Anneaux, œuvre dans laquelle, dit-il, JRRT semble avoir cherché à « réconcilier deux visions du Mal ». La première, d’après Shippey, nous viendrait de Boèce (env. 480 – 524), et voudrait que le mal ne soit pas quelque chose qui existe en soi :

Le mal n’est rien, c’est l’absence de bonté, voire même une bonté qui ne serait pas reconnue […] Le mal ne peut pas créer, car lui-même n’a pas été créé ( il a jailli d’un acte de libre arbitre volontaire de Satan).

La deuxième approche du Mal mentionnée par Shippey est ce qu’il appelle « la vision héroïque » :

Le mal est réel et non pas une simple absence. Qui plus est, on peut lui résister, et plus encore : ne pas lui résister (en gardant l’espoir qu’un jour l’Omnipotence guérira tout cela) reviendrait à manquer à son devoir. .

En outre, si l’une des approches voit le Mal comme quelque chose « d’essentiel, et qui serait interne, psychologique et négatif », la seconde en fait quelque chose « d’extérieure à l’humain et à quoi il doit résister ».

Dans le cas des Orques, j’aurais tendance à penser (avec quelques réserves) que les deux approches peuvent aussi être réunies : si on part du principe que certains parmi eux sont des Maiar, nous sommes face à des individus qui ont fait le choix de la rébellion, qui ont refusé de résister à la corruption de Melkor, mais qui ne sont pas nés « mauvais », un peu comme Saruman (lui aussi Maia). En revanche, la majorité des Orques, issus de racines elfiques ou humaines et corrompus sous la contrainte, incarnent cette absence de bonté, ils sont ce néant duquel rien ne peux jaillir. Ils sont la non-créativité, alors même que la créativité apparaît comme l’essence ultime des Eruhíni. Et même lorsqu’ils refusent les ordres de leurs maitres, ce n’est pas par rejet du mal, mais par pur esprit de contradiction et absence de conciliation. Car les conditions dans lesquels les Orques ont été corrompus les ont rendus presque « essentiellement » mauvais. J’insiste là-dessus car dans cette lettre 153, JRRT explique au sujet des Orques qu’il s’agit de créatures « engendrées par le Péché, donc naturellement mauvaises ». Et de préciser « j’ai failli écrire  » irrémédiablement mauvaises », mais ce serait aller trop loin », car si tel était le cas, Eru n’aurait pas permis leur existence (je dis bien « permettre l’existence », un acte passif, et non pas « donner existence », comme Il le fit avec les nains en intervenant directement).

Malgré les valeurs morales dont ils font preuve, les Orques restent les engeances de la violence, et celle-ci s’est inscrite dans leur nature, si bien que l’on peut imaginer qu’ils sont incapables d’avoir le recul nécessaire pour remettre en question leurs actions. Dès lors, les remords leur sont étrangers. De plus, n’ayant pas foi en Eru et rejetant le pouvoir des Valar, ils ne craignent ni châtiment divin, ni pénitence dans l’au-delà.

  • Conséquences du libre arbitre

Reste toutefois une question rapidement mentionnée plus haut, et que JRRT lui-même s’est posé : Eru accorderait-il une fëa à la progéniture de telles créatures, Orques ou araignées géantes ? Dans l’un de ses essais sur les Orques, il donne une réponse négative, et c’est cela qui l’avait en partie amené à imaginer les Orques comme des bêtes sans âme répétant machinalement les paroles de leur maître, idée qu’il semble toutefois avoir mise de côté. En revanche, toujours dans la lettre 153, il écrivait ceci :

Puisque j’évoque le Libre Arbitre, je pourrai dire que dans mon mythe j’ai utilisé « subcréation » dans un sens particulier […] afin de rendre visibles et sensibles les effets du Péché ou du Libre Arbitre mal employé par les Hommes. Le Libre Arbitre ne procède pas de nous et ne fonctionne que dans certaines circonstances ; mais afin qu’il puisse exister, il est nécessaire que l’Auteur s’en porte garant, quoi qu’il advienne : par ex., lorsqu’il va « contre Sa volonté », comme nous disons, en tout cas tel que cela nous apparaît de notre point de vue limité. Il n’arrête pas les péchés et leurs conséquences, ni ne les frappe d’irréalité.

Ainsi, le libre arbitre ne peut vraiment exister que si les conséquences, y compris négatives, des choix de chacun deviennent réels. Avec les Orques, Melkor a fait le choix d’aller contre la volonté d’Eru, et si celui-ci avait privé les Orques d’existence, alors il n’y aurait eu aucune conséquence réelle aux méfaits de Melkor, ce qui serait revenu à anéantir le principe même de libre arbitre. Les Orques doivent entrer dans la réalité d’Arda, et que « Dieu puisse « tolérer » cela ne parait pas être de la plus mauvaise théologie que le fait de tolérer la déshumanisation programmée des Hommes par les tyrans telle qu’elle se produit de nos jours ».

Si tout cela vous semble un brin contradictoire, c’est probablement parce que JRRT n’a jamais vraiment trouvé de solution. Dans Tolkien, Race and Cultural History, From Fairies to Hobbits, Dr Dimitra Fimi explique :

La « solution » des Orques comme des formes « corrompues » des Elfes témoigne évidemment de l’incapacité de Melkor à « créer » de nouvelles choses, ce qui est cohérent avec sa nature maléfique. Seul Ilúvatar, Dieu, peut créer la vie. Mais d’un autre côté, l’idée que les Orques étaient jadis des Elfes – les plus « nobles » êtres de la Terre du Milieu – devenait de plus en plus insupportable pour Tolkien.

D’où ses nombreuses tentatives pour définir la nature de Orques en des termes si différents et contradictoires. Mai comme le formule T. Shippey:

Tolkien percevait le problème, et a accumulé des morceaux de solution. Pourtant, il n’a pas assemblé ces morceaux, peut-être parce que rendre tout cela cohérent aurait impliqué l’entière révision de son travail antérieur.

Image tirée du film Le Retour du Roi, réalisé par Peter Jackson (2003)

Arda est une scène sur laquelle se joue une œuvre dramatique, dont Eru aurait écrit le plan, et les Ainur qui y sont descendus ainsi que les Eruhíni en sont non seulement les acteurs, mais aussi les co-auteurs ; leur rôle est de faire avancer l’histoire, d’où leur nature essentiellement créatrice. Melkor, lui, s’est vu privé de ce pouvoir de subcréation, il est toujours un acteur sur la scène d’Arda mais il n’est plus autorisé à être auteur… Il n’a pas d’autres choix que de saboter les créations des autres pour mieux se les approprier, et ce qu’il a ainsi corrompu ne peut pas, par essence, être porteur de créativité. Mais empêcher l’existence des Orques reviendrait à « censurer » l’œuvre dramatique, à priver le monde des conséquences (parfois terribles) inhérentes à toute forme de liberté, ce que Eru se refuse de faire. Les Orques existent donc, acteurs mais non pas auteurs, détournements malsains de ce que la créativité a fait de plus beau: la vie. D’ailleurs, nous l’avons vu, le langage est significatif de ce pouvoir subcréatif alloués aux Eruhíni, tandis que les Orques, eux, n’ont pas de langue qu’ils se seraient inventée : ils emploient (mal) celle que leur maitre a conçu pour eux, et volent des éléments de langage aux autres peuples avant de les déformer pour le pire. Leur liberté d’expression, ou de créativité expressive, est donc aussi restreinte que leur liberté d’action, dans le sens où, tout en ayant une certaine marge de manœuvre, leurs bas instincts prendront toujours le dessus : ils sont certes libres d’obéir ou non, mais, comme incarnations de l’absence de créativité, jamais ils ne seront du côté de la productivité, ils ne peuvent pas faire avancer l’histoire, puisqu’ils sont eux-mêmes issus, non pas d’une volonté fertile d’enrichir l’œuvre, mais bien d’une volonté stérile de la posséder.

Et quand Melkor ne peut pas posséder, il détruit.

{Merci d’avoir pris le temps de lire ce modeste mais bien trop long article ; j’espère qu’il aura apporté quelques éléments de réponse, ou du moins des pistes à explorer. N’hésitez pas à réagir dans les commentaires}.

Et si vous souhaitez aller plus loin et discuter de tout cela (et plus encore), retrouvez-moi ce dimanche 31 janvier sur ma chaîne Twitch à partir de 16h, pour une séance de partage en direct autour de ces thématiques !

Sources :

  • JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, traduction française de Daniel Lauzon
  • JRR Tolkien, Le Silmarillion, traduction française de Pierre Alien
  • JRR Tolkien, édité par Christopher Tolkien, Le Premier livre de Contes Perdus, Histoire de la Terre du Milieu volume I, traduction française de Adam Tolkien
  • JRR Tolkien, édité par Christopher Tolkien, La Formation de la Terre du Milieu, Histoire de la Terre du Milieu volume IV traduction française de Daniel Lauzon
  • JRR Tolkien, édité par Christopher Tolkien, La Route Perdue et autres textes Histoire de la Terre du Milieu, volume V Traduction française de Daniel Lauzon
  • JRR Tolkien, édité par Christopher Tolkien, The Return of the Shadow, Histoire de la Terre du Milieu volume VI
  • JRR Tolkien, édité par Christopher Tolkien, The Treason of Isengard Histoire de la Terre du Milieu volume VII
  • JRR Tolkien, édité par Christopher Tolkien, Morgoth’s Ring, Histoire de la Terre du Milieu, volume X
  • JRR Tolkien, édité par Christopher Tolkien, The Peoples of Middle-earth, Histoire de la Terre du Milieu, volume XII
  • JRR, Tolkien, edité par Humphrey Carpenters avec l’aide de Christopher Tolkien, Lettres, traduction française de Delphine Martin et Vincent Ferré
  • Tom Shippey, The Road to Middle-earth
  • Hammond & Scull, The Lord of the Rings, A Reader’s Companion
  • Dimitra Fimi, Tolkien, Race and Cultural History, From Fairies to Hobbits

3 commentaires sur “Orques et libre arbitre en Arda (deuxième partie)

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